Selon de nombreux indicateurs de développement, la population de Madagascar reste parmi les plus pauvres du monde. Plus de 85% de la population vit, ainsi, en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour. Au delà de ce constat, l’accès aux services financiers traditionnel pour les entrepreneurs reste marginal : moins de 7% de la population malgache a ainsi accès au système financier et moins de 200.000 personnes, sur les 18,6 millions d’habitants que compte l’île, ont accès aux services d’institutions de microfinance.
Lancée en décembre 2006, à Antananarivo, MicroCred Madagascar, filiale de MicroCred Holding, a, aujourd’hui, un portefeuille de plus de 9.500 emprunteurs. Le « Crédit TPE » (Très Petites Entreprises) est un crédit individuel proposé aux micro et petites entreprises pour développer leur activité, soit à travers le financement du fonds de roulement tels que les matières premières, le stock ou la trésorerie, soit à travers le financement d’investissements : équipements, extension de locaux…. Le montant de crédit va de 40 euros à 4.000 euros (6 000 euros en cas de renouvellement) et la durée de crédit varie entre 2 et 24 mois. Le taux d’intérêt est fixé à 2% par mois et les frais de dossier correspondent à 2% du montant du crédit. La durée du crédit ainsi que la fréquence des remboursements (hebdomadaire, bimensuel ou mensuel) sont déterminées en fonction des préférences du client et les caractéristiques de son activité.
Les clients se situent pour la plupart dans le secteur informel et la très grande majorité d’entre eux n’ont jamais reçu de financement bancaire pour accompagner la croissance de leur entreprise. A l’image de ces clients, M Razanamialy Berthine, 52 ans, a toujours travaillé dans le domaine de l’artisanat. Elle produit, dans sa propre maison, des articles de vannerie originaux. Cliente de MicroCred, elle en est aujourd’hui à son troisième crédit d’un montant de 800.000 Ariary, environ 330 euros. Grâce à ces prêts, elle a pu acheter un métier à tisser et des matières premières, afin de produire des pièces de tissus en coton ou en soie sauvage, assorties d’insertion de vanille, de cannelle ou de vétiver qui lui servent pour la production de stores, de chemins de tables, de dessous de plats et de sacs pour femme. Son activité est rentable et elle dispose désormais de 5 employés pour satisfaire sa clientèle de particuliers, d’hôteliers et de revendeurs d’artisanat. Après avoir remboursé son crédit, elle souhaiterait obtenir un quatrième crédit auprès de MicroCred pour se doter d’un nouveau matériel et, ainsi, augmenter son chiffre d’affaires.
Rencontre avec François Xavier Poste, directeur opérationnel de MicroCred Madagascar
Quelles ont été vos principales réalisations en 2008?
2008 fut l’année de nombreux développements pour MicroCred Madagascar. Tout d’abord, nous avons ouvert trois nouvelles agences pour servir un nombre plus important de clients. Nous avons ainsi ouvert notre première agence sur Tamatave, la seconde ville de Madagascar. Et les clients ont suivi ! Grâce à nos six agences, nous avons octroyé, au cours de l’année 2008, quelques 10.500 prêts pour un volume de 9,2 millions d’euros.
Nous avons également cherché à développer notre offre autour de notre produit principal : le crédit TPE, un crédit destiné aux entrepreneurs de très petites entreprises, en lançant un pilote de crédit PME destiné aux entrepreneurs ayant des besoins de financement allant jusqu’à 16.000 euros. En fin d’année, ce crédit PME représentait déjà près de 10% de notre activité.
Plus qu’une crise financière, Madagascar traverse aujourd’hui une crise politique. Comment cette crise a-t-elle impacté vos activités?
Une crise politique, comme celle que traverse Madagascar, a une influence directe sur la vie économique des habitants et, bien sûr, sur notre activité. Les pillages qui ont accompagné les mouvements de manifestations ont mis à mal de nombreux outils de production et des commerces. Certaines structures ont dû mettre leur personnel, au mieux, au chômage technique, ou pire, au chômage tout court! Et, bien évidemment, ces événements ont une influence directe sur le secteur formel mais également le secteur informel.
De manière indirecte, face à une situation d’incertitude comme celle-ci, l’attentisme est de mise et les entrepreneurs diffèrent leurs investissements. Nous portons donc une attention particulière à la situation économique de nos clients car elle conditionne la qualité de notre portefeuille.
Quels sont les objectifs de MicroCred Madagascar pour l’année à venir?
L’année prochaine nous allons poursuivre notre développement en ouvrant deux nouvelles agences en province et une nouvelle agence dans la capitale. Nous allons également poursuivre nos efforts vers les petites et moyennes entreprises avec le lancement de notre offre PME. Nous travaillons aussi à adapter, au mieux, notre produit de crédit TPE spécifique aux « petits crédit ».
Afin de pouvoir proposer une gamme plus large de produits à notre clientèle, nous avons également demandé la transformation de notre agrément d’établissement financier en banque territoriale. Cette évolution permettra à Microcred Madagascar de proposer des produits d’épargne qui pourront alors être accompagnés d’autres services comme le transfert d’argent, les assurances décès-invalidité permanente, vol, ou encore incendie… Des services que nous réclament nos clients. Autant de grands chantiers à mettre en œuvre en 2009!
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