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Débat du mois : Les nouvelles préoccupations des institutions de microfinance

Lundi, septembre 14th, 2009

A quel nouveau défi le secteur de la microfinance aura-t-il à faire face ? C’est en substance, la question à laquelle tentait de répondre Le Herald Tribune  dans son article « Microloan becoming a big business with risks » (pour voir l’article cliquez ici).

Une forte croissance fait émerger de nouveaux enjeux

Aujourd’hui, le secteur de la microfinance représente plus de 10 milliards de dollars, dont plus de la moitié est gérée par des fonds d’investissement spécialisés en microfinance. Au dernier trimestre, ces fonds ont vu leurs actifs progresser de 16% après avoir augmenté respectivement de 31% et 72% en 2008 et 2007. Pour faire face à des besoins de financement croissants, et à mesure que beaucoup d’institutions de microfinance passent du statut d’organisation non gouvernementale à celui de banque commerciale, elles ont du se professionnaliser en adoptant, notamment, les pratiques et normes internationales. Ainsi, près de 1.000 institutions de microfinance font désormais appel à des organismes de notations pour les évaluer et de plus en plus sont auditées selon les normes comptables internationales.

La crise financière fait évoluer les préoccupations des investisseurs

Selon le Herald Tribune,  la crise financière aurait eu plusieurs effets sur le secteur de la microfinance. Les fonds ont ainsi admis avoir moins déboursé que les années précédentes en se préoccupant désormais plus des risques de crédit et du risque de liquidité que par le passé. Un an auparavant, ces derniers mettaient l’accent était mis sur l’évolution du cadre réglementaire et  sur la qualité des équipes managériales.

Gestion des risques de crédit, recherche de financement dans un contexte de raréfaction des liquidités,  ou encore évolution du contexte réglementaire, quels sont, selon vous, les nouveaux défis du secteur de la microfinance ? En tant que dirigeant d’une institution, quel spécialiste recherchez-vous pour faire face au développement et à la gestion de votre institution ?

Débat du mois- Les taux d’intérêt pratiqués en microfinance sont-ils trop élevés ?

Samedi, mai 9th, 2009


-Dans le cadre des débats du mois, nous vous invitons à nous faire partager votre point de vue et à débattre sur un thème central de la microfinance-

La question des taux d’intérêt et de leur justification est un débat central de la microfinance. En effet, les taux pratiqués par les institutions de microfinance sont plus élevés que dans le secteur bancaire traditionnel. Ainsi, en moyenne, les institutions de microfinance appliquent un taux d’intérêt effectif annuel de 28,2%. 

Beaucoup de législateurs, aussi bien que le grand public, ont eu du mal à accepter que les prêts de faibles montants accordés aux populations pauvres puissent être plus coûteux que les prêts commerciaux traditionnels. Car fournir des services financiers à des personnes à revenus modestes revient cher, particulièrement en proportion des montants concernés. En microfinance, les agents de crédit doivent ainsi rendre visite au client, évaluer sa solvabilité sur la base d’entretiens et effectuer un suivi rapproché et fréquent de ce dernier. Prêter 100.000 euros en prêts de 100 euros nécessitera donc bien plus de personnel que l’octroi d’un  seul prêt de 100.000 euros. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles les banques n’octroient pas de “petits” prêts. Outre ces frais de fonctionnement, l’institution de microfinance doit aussi couvrir ses coûts de financement, c’est à dire rembourser l’argent qu’elle emprunte (en tenant compte de l’évolution de l’inflation et des taux de change) couvrir  les pertes entrainées par les défauts de paiement et, enfin, mettre de l’argent en réserve pour se développer. La partie restante est consacrée au profit.

Du coté des clients, l’expérience prouve qu’ils sont prêts à payer des taux d’intérêt assez élevés pour s’assurer un accès permanent au crédit. En effet, généralement, la rentabilité des projets réalisés par le crédit s’avère bien supérieure au taux d’intérêt de ce dernier. Les entrepreneurs insistent également sur le fait que les alternatives- faire appel aux prêteurs sur gages ou aux usuriers du secteur financier informel –sont beaucoup plus pénalisantes pour eux. A titre d’exemple, dans le secteur informel, le prêt « 5/6 » aux Philippines permet aux entrepreneurs d’emprunter 5 pesos le matin pour en rembourser 6 en fin de journée, ce qui équivaut à un taux de 20% par jour ! Le microcrédit est également la seule source de financement disponible pour certains.

Mais accepter l’importance de l’indépendance financière des institutions de Microfinance ne met pas fin au débat portant sur les taux d’intérêt. En effet, on doit se demander si des taux d’intérêt couvrant des coûts déraisonnablement élevés sont acceptables. Comment définir un taux d’intérêt conforme à l’intérêt social ? Que pensez-vous du cas de l’institution de microfinance mexicaine Compartamos dont le taux annuel était de 85%, auquel venait s’ajouter 15% de frais à la charge du client ?

 A mesure que beaucoup d’institutions de microfinance passent du statut d’organisation non gouvernementale à celui de banque commerciale, une autre problématique voit également le jour : comment s’assurer que les profits réalisés par l’institution serviront au développement de cette dernière, et ne viendront pas uniquement enrichir les seuls actionnaires de l’institution ?

Marine Forni