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Débat du mois- Les taux d’intérêt pratiqués en microfinance sont-ils trop élevés ?

Samedi, mai 9th, 2009


-Dans le cadre des débats du mois, nous vous invitons à nous faire partager votre point de vue et à débattre sur un thème central de la microfinance-

La question des taux d’intérêt et de leur justification est un débat central de la microfinance. En effet, les taux pratiqués par les institutions de microfinance sont plus élevés que dans le secteur bancaire traditionnel. Ainsi, en moyenne, les institutions de microfinance appliquent un taux d’intérêt effectif annuel de 28,2%. 

Beaucoup de législateurs, aussi bien que le grand public, ont eu du mal à accepter que les prêts de faibles montants accordés aux populations pauvres puissent être plus coûteux que les prêts commerciaux traditionnels. Car fournir des services financiers à des personnes à revenus modestes revient cher, particulièrement en proportion des montants concernés. En microfinance, les agents de crédit doivent ainsi rendre visite au client, évaluer sa solvabilité sur la base d’entretiens et effectuer un suivi rapproché et fréquent de ce dernier. Prêter 100.000 euros en prêts de 100 euros nécessitera donc bien plus de personnel que l’octroi d’un  seul prêt de 100.000 euros. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles les banques n’octroient pas de “petits” prêts. Outre ces frais de fonctionnement, l’institution de microfinance doit aussi couvrir ses coûts de financement, c’est à dire rembourser l’argent qu’elle emprunte (en tenant compte de l’évolution de l’inflation et des taux de change) couvrir  les pertes entrainées par les défauts de paiement et, enfin, mettre de l’argent en réserve pour se développer. La partie restante est consacrée au profit.

Du coté des clients, l’expérience prouve qu’ils sont prêts à payer des taux d’intérêt assez élevés pour s’assurer un accès permanent au crédit. En effet, généralement, la rentabilité des projets réalisés par le crédit s’avère bien supérieure au taux d’intérêt de ce dernier. Les entrepreneurs insistent également sur le fait que les alternatives- faire appel aux prêteurs sur gages ou aux usuriers du secteur financier informel –sont beaucoup plus pénalisantes pour eux. A titre d’exemple, dans le secteur informel, le prêt « 5/6 » aux Philippines permet aux entrepreneurs d’emprunter 5 pesos le matin pour en rembourser 6 en fin de journée, ce qui équivaut à un taux de 20% par jour ! Le microcrédit est également la seule source de financement disponible pour certains.

Mais accepter l’importance de l’indépendance financière des institutions de Microfinance ne met pas fin au débat portant sur les taux d’intérêt. En effet, on doit se demander si des taux d’intérêt couvrant des coûts déraisonnablement élevés sont acceptables. Comment définir un taux d’intérêt conforme à l’intérêt social ? Que pensez-vous du cas de l’institution de microfinance mexicaine Compartamos dont le taux annuel était de 85%, auquel venait s’ajouter 15% de frais à la charge du client ?

 A mesure que beaucoup d’institutions de microfinance passent du statut d’organisation non gouvernementale à celui de banque commerciale, une autre problématique voit également le jour : comment s’assurer que les profits réalisés par l’institution serviront au développement de cette dernière, et ne viendront pas uniquement enrichir les seuls actionnaires de l’institution ?

Marine Forni